[…] Je continuai à marcher dans les ruelles désertes avec la seule pensée de me cacher, jusqu'à ce que j'atteigne une petite clairière délimitée par quatre maisons. Je découvris une échelle gisant au sol, je l'appuyai contre le mur de l'une des constructions et grimpai sur le toit, ensuite je la jetai loin afin de la dissimuler.

Je m'accroupis, relevant la tête pour surveiller les environs. Après avoir traversé dans l'obscurité toute cette étendue de champs, enfin je pouvais voir le contour de la montagne. Je n'entendais aucun bruit humain ou animal, mais un silence apaisant, interrompu seulement par le son lointain des cloches qui appelaient à la toute première prière matinale.

Soudain la voix de mon assistant criant mon nom me frappa comme la foudre. J’abaissai la tête, espérant ne pas être vu « Ce n'est pas possible qu'ils m'aient trouvé » pensai-je. « Parmi tous les villages alentours, qu'est-ce qui les a amenés ici ? » Moi qui avais cru être dans l'endroit le plus sûr, je m'étais trompé.

Les ténèbres furent brisées par les lumières bleues des gyrophares. Je vis s'approcher une procession de policiers et d'infirmiers, dirigée par mon producteur, un fervent catholique, qui se mit à me donner des ordres de façon sévère et autoritaire, sans aucune humanité, sur un ton de défi. Sa colère était telle qu'il avait perdu toute compassion, il se comportait comme un supérieur auquel j'aurais dû obéir. Je répliquai que, s'il ne foutait pas le camp, je me jetterais de là-haut.

Partant d'une estimation collective de la hauteur du toit, il cherchait à évaluer le mal que je pourrais me faire. J'entendis quelqu'un affirmer que sans doute je resterais à moitié mort. Je tentai alors une négociation en vue d'en finir avec ce drame. Je demandai aux infirmiers de me remettre tous leurs médicaments et une seringue, pour procéder seul à mon euthanasie. Évidemment, ils refusèrent, tandis que le producteur continuait à me crier de descendre.

Dans le désespoir du moment, j'eus une idée lumineuse : téléphoner à un ami, qui pour moi était plus qu'un frère, afin d'être assuré que, si je descendais, il ne m'arriverait rien, et donc je demandai un portable. Le producteur, obstiné comme un enfant, refusa, puis quelqu'un voulut mettre fin à cette scène pathétique et l'incita à me le donner.

Tandis que je sentais les larmes couler sur mon visage, je composai le numéro de mon ami, le réveillant à l'aube. Il me répondit avec une disponibilité infinie et me persuada de descendre. Pour me tranquilliser, il voulut parler avec le producteur. Je lançai le téléphone en bas et attendis encore quelques minutes, puis je me décidai.

L'échelle que j'avais dissimulée avait été retrouvée et remise en position. Désormais raisonnable, je descendis. Au moment précis où je sentis la terre sous mes pieds, une injection me frappa le flan, et je perdis connaissance. [...]

Traduction : Mireille Brandes