Je marchais sur le terre-plein central de l'autoroute. En pleine nuit, il n'y avait pas d'éclairage et j'étais invisible aux passagers des rares voitures qui me croisaient. Je pris mon portefeuille et mon passeport et les lançai au loin.
Mon cœur battait la chamade, au même rythme que ma respiration. Dans l'obscurité totale, je décidai de quitter l'autoroute, certain d'avoir semé mon assistant. Puis j'aperçus les lumières d'un village perché sur les collines. Il semblait plutôt éloigné, et devant moi s'ouvraient de grandes étendues de terre, clôturées de fils barbelés. Je me mis à les enjamber rapidement, mais sans me blesser, car la peur me rendait attentif aux moindres détails. J'appris plus tard que ces terrains étaient destinés à l'élevage de taureaux, et que si j'étais tombé sur l'un d'eux, ma vie aurait été sérieusement mise en danger.
Je passai d'un champ à l'autre, barbelé après barbelé, jusqu'à atteindre le début d'un sentier qui entrait dans le village. Quand je vis que celui-ci était en ruine et avait l'air abandonné, je fus envahi par un sentiment d'angoisse.
Je lus le nom de la ruelle dans laquelle je me trouvai : Calle del Infierno. Ma panique s'amplifia, je ne pouvais pas avoir fait tout ce chemin pour me retrouver dans un lieu portant un tel nom.

(...) Je continuai à marcher dans les ruelles désertes avec la seule pensée de me cacher, pour atteindre finalement une petite clairière délimitée par quatre maisons. Je découvris une échelle gisant au sol, je l'appuyai contre le mur de l'une des constructions et grimpai sur le toit, ensuite je la jetai loin de moi pour la dissimuler.
Je m'accroupis, relevant la tête pour surveiller les environs. Après avoir traversé dans l'obscurité toute cette étendue de champs, enfin je pouvais voir le contour de la montagne. Je n'entendais aucun bruit humain ou animal, mais un silence apaisant, interrompu seulement par le son lointain des cloches qui appelaient à la toute première prière matinale.
Soudain la voix de mon assistant qui criait mon nom me frappa comme la foudre. J’abaissai la tête, espérant ne pas être vu. « Ce n'est pas possible qu'ils m'aient trouvé, pensai-je, parmi tous les villages alentours, qu'est-ce qui les a amenés ici ? » J'avais cru être dans l'endroit le plus sûr, mais je m'étais trompé.
Les ténèbres furent brisées par les lumières bleues de gyrophares. Je vis s'approcher une procession de policiers et d'infirmiers, dirigée par mon producteur, un fervent catholique, qui se mit à me donner des ordres de façon sévère et autoritaire, sans aucune humanité, sur un ton de défi. Sa colère était telle qu'il avait perdu toute compassion, il se comportait comme un supérieur auquel j'aurais dû obéir. Je répliquai que, s'il ne foutait pas le camp, je me jetterais de là-haut.
Partant d'une estimation collective de la hauteur du toit, il cherchait à évaluer le mal que je pourrais me faire. J'entendis quelqu'un affirmer que, sans doute, je resterais à moitié mort. Je tentai alors une négociation en vue d'en finir avec ce drame. Je demandai aux infirmiers de me remettre tous leurs médicaments et une seringue, pour procéder seul à mon euthanasie. Évidemment, ils refusèrent, tandis que le producteur continuait à me crier de descendre.
Dans le désespoir du moment, j'eus une idée lumineuse : téléphoner à un ami, qui pour moi était plus qu'un frère, afin d'être assuré que, si je descendais, il ne m'arriverait rien, et je demandai un portable. Le producteur, obstiné comme un enfant, refusa, puis quelqu'un voulut mettre fin à cette scène pathétique et l'incita à accepter ma requête.
Tandis que je sentais les larmes couler sur mon visage, je composai le numéro de mon ami, le réveillant à l'aube. Il me répondit avec une disponibilité infinie et me persuada de descendre. Pour me tranquilliser, il voulut parler au producteur. Je lançai le téléphone en bas et attendis encore quelques minutes, puis je me décidai.
L'échelle que j'avais dissimulée avait été retrouvée et remise en position. Désormais raisonnable, je descendis. Au moment précis où je sentis la terre ferme sous mes pieds, une piqûre me frappa le flan, et je perdis connaissance.

Stefano Dionisi

Traduction : Mireille Brandes